ORGANISATION SOCIALE ET COMPORTEMENT

Photo: Herbert Gustafson
Les lémurs cattas vivent en groupes multi mâle/multi femelle
d'environ 11 à 17 animaux, mais les groupes dans parc national de Beza
Mahafaly varient de six à 35 individus et les groupes dans la
réserve privée de Berenty varient entre quatre et 31 individus
(Sussman 1991; Hood et Jolly 1995; Sauthers pers. comm.). Les lémurs
cattas présentent une philopatrie des femelles et le centre du groupe
social est la matriarche dominante (Jolly 2003). Les femelles restent presque
toujours dans leur groupe natal tandis que les mâles migrent vers un
nouveau groupe; donc les groupes sociaux se concentrent sur un groupe
composé de femelles adultes de la même lignée et de leurs
enfants. Habituellement il y a une seule femelle centrale et importante qui
initie la direction de déplacement du groupe (Jolly 1966; Sauther et
Sussman 1993). Souvent, on trouve plusieurs matriarches dans un même
groupe social et les groupes avec deux femelles de la même lignée
(mère-fille et sœur-sœur) présentent des interactions
sociales affiliatives, telles que le maintien de la proximité spatiale et
le toilettage fréquent; les femelles de lignées différentes
ont plus d'interactions agressives (Taylor et Sussman 1985; Sauther et Sussman
1993; Nakamichi et Koyama 1997). Il y a une hiérarchie de dominance
parmi les femelles en fonction de la lignée maternelle et les femelles
adultes dominent toujours les mâles adultes. Elles renforcent leur
dominance au moyen d'interactions antagonistes telles que les charges, les
poursuites, les tapes, et les morsures. Les réponses submissives sont le
saut en arrière, la fuite, et le cri (Jolly 1966; Taylor et Sussman 1985
; Sauther et al. 1999). La hiérarchie parmi les lémurs cattas
femelles n'est pas linéaire; les filles ne prennent pas toujours le
même rang que leur mère. Une explication possible de ce mode de
comportement est que les mères ne soutiennent pas leurs filles lors des
interactions antagonistes; donc, les filles n'héritent pas du rang de
leurs mères, mais elles doivent se battent pour atteindre leur propre
rang (Nakamichi et Koyama 1997).
Habituellement, il y a entre un et trois mâles adultes centraux ou
importants dans un groupe social et il y a plusieurs mâles
périphériques. Le rang d'un mâle est corrélé
à son âge (Sussman 1992). Les mâles centraux sont en
général dans la fleur de l'âge; on estime que ces
mâles ont entre six et neuf ans, par le biais de l'usure dentaire; les
mâles périphériques sont d'habitude ceux qui ont
récemment quitté leur groupe précédent, les vieux
mâles, ou les mâles jeunes qui n'ont pas encore quitté leur
groupe natal (Sussman 1991; 1992; Gould 1996; Sauther et al. 1999). Les
mâles ont une hiérarchie de dominance différente de celle
des femelles. Les mâles centraux dominent les mâles
périphériques, et ils renforcent leur dominance par le biais
d'interactions agonistiques (Jolly 1966; Sussman 1992). Les mâles
centraux et périphériques sont appelés ainsi à cause
de leur proximité spatiale par rapport au groupe. Quand un groupe de
lémurs cattas se déplacent d'un endroit à un autre, les
femelles centrales, les juvéniles et les mâles dominants
mènent la procession, et les mâles périphériques
traînent derrière. Une fois que le groupe atteint sa destination
et soit se repose, soit fourrage, les mâles de bas rang continuent
à rester à l'écart du groupe, en se reposant ensemble ou en
fourrageant seuls (Jolly 1966).

Photo: Roy Fontaine
Un des avantages d'être un mâle du haut rang réside dans
des interactions sociales plus fréquentes avec les femelles du haut rang.
Ces interactions sociales pourraient conférer quelques avantages comme
un risque réduit de prédation, un plus grand accès aux
ressources alimentaires, et aux femelles réceptives à la
reproduction (Sussman 1992; Gould 1996). Les mâles atteignent un statut
élevé après avoir migré dans un nouveau groupe en se
battant contre des mâles résidents pour la dominance. Chez les
lémurs catta, les jeunes mâles quittent leur groupe natal à
l'âge de trois à cinq ans par groupes de deux ou trois. Le couple
ou trio essaiera de rejoindre un autre groupe, mais l'assimilation
complète peut prendre plusieurs mois parce que les membres du nouveau
groupe, mâles et femelles, les harcèlent constamment. Une fois
qu'un jeune mâle est accepté dans le groupe, il reste un membre
périphérique et de bas rang (Sussman 1992). Les mâles
âgés de trois à quatre ans changent de groupe tous les 1,4
ans alors que les mâles plus âgés s'installent et ne
transfèrent que tous les 3,5 ans (Sussman 1992). Les mâles migrent
systématiquement entre les mois de décembre à mai, et les
transferts sont surtout concentrés pendant la saison d'accouplement qui
dure de deux à trois semaines en avril (Sauther 1991; Sussman 1992;
Jolly et al. 1993).
Lorsque, en raison de la migration et du recrutement, un groupe social
s'agrandit trop, avec en général plus de 15 à 25 animaux
dont huit à dix femelles, le groupe se sépare en formant de
nouveaux groupes moins nombreux (Hood et Jolly 1995; Jolly et al. 2002; Gould
et al. 2003). Dans un environnement saisonnier critiques, les groupes nombreux
peuvent nuire aux individus en raison de la grande variation de ressources; en
se divisant en groupes moins nombreux, la compétition directe
décroît et les chances de survie de chaque individu augmentent
(Hood et Jolly 1995). Quand un groupe se divise, les membres de la
lignée maternelle dominante chassent les membres de la lignée
maternelle subordonnée en les harcelant par des agressions
sévères. Les membres de la lignée maternelle
subordonnée sont finalement forcés à quitter le groupe,
après quoi ils forment un nouveau groupe ou plus rarement, ils rejoignent
un autre groupe (Sussman 1991; Hood et Jolly 1995). Ces nouveaux groupes ont
moins de membres, ce qui est un désavantage. Les groupes plus nombreux
peuvent chasser les groupes moins nombreux des ressources alimentaires,
être plus de protégés contre les prédateurs, et ont
plus de chances de l'emporter lors des rencontres intergroupes (Hood et Jolly
1995). Quand des groupes se rencontrent, ce qui est un événement
fréquent étant donné le chevauchement de leur habitat, les
femelles de chaque groupe se font face et se regardent fixement. Ces
affrontements peuvent s'intensifier et on peut observer des charges, des tapes
et des morsures. Quand ces affrontements s'intensifient encore plus, ils
peuvent avoir comme résultat des blessures sérieuses ou même
entraîner la mort (Jolly et al. 1993). Après de telles rencontres,
chacun des deux groupes se retire vers le centre de son habitat (Jolly et al.
1993).
REPRODUCTION

Photo: Roy Fontaine
Le succès reproducteur des lémurs cattas dépend des
conditions environnementales. Quand l'alimentation est abondante, l'âge
de maturation arrive plus tôt, la natalité et le taux de survie des
enfants sont beaucoup plus élevés contrairement aux années
où les conditions environnementales sont critiques, tel que lors des
périodes de sécheresse (Gould et al. 2003; Jolly 2003).
Normalement, les mâles et femelles atteignent la taille adulte à
l'âge de trois ans, et ils ne se reproduisent qu'entre 2,5 et quatre ans
(Jolly 1996; Gould et al. 2003). Les femelles à Berenty Private Reserve
deviennent adultes et donnent naissance à des enfants à un
âge plus jeune comparé à celles de Beza Mahafaly Special
Reserve. A Berenty, les lémurs vivent dans un habitat
légèrement plus riche grâce à une alimentation plus
abondante, grâce à la présence d'arbres fruitiers
introduits, et à l'apprivoisement en eau (Gould et al. 2003). Les
femelles en captivité donnent systématiquement naissance à
l'âge de deux ans (Sussman 1991).
Les femelles sont fertiles pendant un ou deux jours chaque année, et
l'œstrus peut ne durer que de six à 24 heures (Van Horn et Reske
1977; Sauther et al. 1999). Elles présentent une synchronisation
ovarienne, c'est-à-dire que toutes les femelles d'une même
forêt sont en œstrus en même temps. Dans la nature, la saison
d'accouplement dure entre sept et 21 jours au mois de mai et les mâles et
femelles ont plusieurs partenaires (Pereira 1991; Sauther 1991; Sussman 1991).
Pendant ces semaines, les mâles s'approchent des femelles pour inspecter
leurs parties génitales et essayer de s'accoupler. Les femelles qui ne
sont pas réceptives réagissent agressivement envers les
mâles, en les tapant ou en les mettant en fuite (Koyama 1988; Sauther
1991). Les mâles du haut rang ont la capacité à maintenir
la proximité avec les femelles pendant la saison d'accouplement en
s'approchant d'elles, en s'asseyant, en se reposant ou en dormant près
d'elles (Sauther 1991). Les femelles en œstrus s'approchent activement
des mâles en orientant leur croupe vers un mâle, en levant leur
queue et en se tournant vers lui. L'ordre d'accouplement reflète la
hiérarchie de dominance des mâles; le mâle central de plus
haut rang est le premier à s'approcher d'une femelle réceptive et
à s'accoupler avec succès. Il est suivi par le mâle du
second rang, et ensuite par les mâles périphériques et ceux
qui vivent à l'extérieur du groupe. Les femelles rejettent les
tentatives d'accouplements des mâles de la même lignée et
parfois elles cherchent des mâles d'autres troupes; des mâles du
même groupe tentent parfois de perturber ces accouplements extra-groupe
(Sauther 1991). Les interactions agressives entre mâles augmentent
considérablement avant et pendant la saison d'accouplement lorsqu'ils se
battent pour l'accès aux femelles réceptives (Jolly 1966; Koyama
1988; Sauther 1991).

Photo: Herbert Gustafson
En raison de conditions environnementales critiques, les lémurs cattas
ont un niveau de fécondité élevé. La gestation dure
de 135 à 145 jours et les femelles dans leur habitat naturel donnent
naissance presque toujours à un seul enfant (Sauther 1991; Koyama et al.
2001; Gould et al. 2003). En captivité, le taux de naissances
multiples, tel que les jumeaux et les triplés, est plus
élevé que celui qu'on rencontre à l'état sauvage
(Sussman 1991). Entre 75 et 80% des femelles adultes dans la population
accouchent chaque année et l'intervalle entre les naissances est 1 2 ans
(Koyama et al. 2001; Jolly et al. 2002; Gould et al. 2003). Avoir des taux de
reproduction aussi élevés permet à la population de
lémurs cattas de rebondir après des années de la
mortalité élevée causée par le stress
environnemental. Par exemple, pendant les périodes de la
sécheresse, la mortalité infantile peut atteindre 80% alors que le
taux de mortalité infantile normal est d'environ 37% (Gould et al. 1999;
Koyama et al. 2001; Jolly et al. 2002).
SOINS PARENTAUX
Les lémurs cattas s'accouplent de façon saisonnière afin
que les naissances coïncident avec la fin de la saison sèche et le
début de la saison des pluies. La plupart des naissances ont lieu en
septembre (Koyama et al. 2001). En faisant coïncider les naissances avec
les périodes d'abondance alimentaire, le stress physique de l'allaitement
et du sevrage peut être réduit (Sauther 1998). Pendant les trois
premières semaines de la vie, la mère est la principale gardienne
de son nouveau-né, mais elle est tolérante envers d'autres
femelles du groupe, en particulier les sœurs de l'enfant et les autres
mères (Hosey et Jacques 1994). Pendant les premiers jours de la vie, les
lémurs cattas nouveaux-nés s'agrippent ventralement à leur
mère, mais à partir du troisième jour, ils ont la
capacité à se déplacer activement sur son corps et peuvent
grimper sur une autre femelle qui les toilette (Jolly 1966). A partir de
l'âge d'un mois, les enfants montent dorsalement sur leur mère et
commencent à explorer les environs de manière indépendante,
passant en général 16% de leur temps séparé de leur
mère. A cet âge, ils ne se hasardent pas à plus de 0 5 m
(1 64 pieds) de leur mère (Gould 1990). Lors de ces courtes
périodes de séparation maternelle les jeunes sautent
brièvement du dos de la mère au sol et regrimpent aussitôt
sur elle. . Après trois semaines, le temps que les animaux passe
séparé de la mère continue à augmenter; à la
seizième semaine, les enfants passent 85% de leur temps à explorer
les environs, manipuler des objets trouvés dans l'environnement,
s'exercer à la locomotion, et fourrager indépendamment (Gould
1990). Parce que les naissances coïncident, il y a beaucoup de camarades
de jeux pour les jeunes lémurs cattas. Le jeu social avec les camarades
commencent vers l'âge de six semaines et inclut les comportements suivants
: la poursuite, la morsure de jeu, sauter dessus et jouer au catch avec un ou
plusieurs partenaires (Gould 1990). Alors que l'enfant grandit, il passe moins
de temps à têter et plus de temps à fourrager. Le sevrage
commence à la huitième semaine et la mère commence à
rejeter l'agrippement dorsal de l'enfant pendant la douzième semaine. A
partir de la seizième semaine, les enfants ne têtent que pendant 8%
de leur temps (Gould 1990).
D'autres femelles du groupe, y compris celles avec leur propre
nouveau-né, sont attirées par les nouveaux-nés et
s'approchent souvent des paires mères-enfants, en essayant de
lécher ou toiletter les enfants, particulièrement pendant le
premier mois de la vie (Jolly 1966; Gould 1990; Nakamichi et Koyama 2000).
Ces interactions sont considérées comme affiliatives et peuvent
avoir pour objectif une meilleure cohésion du groupe. Les mâles du
groupe social interagissent moins fréquemment avec les paires
mères-enfants que les femelles, mais ils s'en approchent parfois en les
léchant les enfants. Les nouvelles mères ne permettent pas aux
mâles étrangers ou aux mâles récemment
intégrés de s'approcher et sont extrêmement agressives
envers des mâles inconnus ou périphériques (Nakamichi et
Koyama 2000).

Photo: Herbert Gustafson
En plus de lécher et toiletter les nouveaux-nés, les membres du
groupe social fournissent, à des degrés variés, des soins
pour la mère à travers un comportement qui s'appelle «
alloparenting » (Jolly 1966; Gould 1992). Dans la société
lémur, chaque classe d'âge et de sexe donne des soins aux enfants
dans une certaine mesure. Les mères permettent l'alloparenting des
membres du groupe parce qu'il est avantageux pour la mère et l'enfant;
la mère a la possibilité de se reposer et peut fourrager et se
déplacer plus efficacement. L'alloparenting est avantageux pour l'enfant
parce qu'il acquiert des capacités sociales vitales,
bénéficie d'une protection supplémentaire contre les
prédateurs ou des membres d'autres groupes, et obtient des informations
potentielles sur les rapports avec d'autres femelles adultes, qui influenceront
l'acquisition de leur futur rang dans le groupe (Gould 1992).
Les alloparents bénéficient aussi de ce comportement. Les
mâles adultes obtiennent l'accès à des femelles adultes, qui
pourraient renforcer leur position en tant que futurs partenaires sexuels. Les
femelles nullipares acquissent une expérience précieuse en
apportant des soins à des enfants et les individus de la même
lignée que la mère augmentent indirectement leur succès
reproducteur en participant à la survie du nouveau-né (Gould
1992). L'alloparenting est omniprésent à tel point que si un
enfant devient orphelin avant d'être sevré, des membres du groupe
l'adopteront et prendront soin de lui, en le portant et en l'allaitant (Gould
2000). Des cas d'enlèvement ont aussi été observés
parmi les lémurs cattas. Une femelle adulte, servant d'alloparent, garde
l'enfant, et avec l'aide d'autres femelles, elle empêche la mère de
le récupérer. Parfois, le ravisseur adopte l'enfant et le soigne
alors que d'autres fois l'alloparent éloigne l'enfant de la mère,
ne lui donne pas de soins, et le laisse mourir (Koyama et al. 2001).
COMMUNICATION
La communication olfactive, visuelle et vocale est importante pour les
lémurs cattas. Etant membres de l'Ordre Prosimii, ils dépendent
plus de la communication olfactive que la plupart des primates anthropoïdes
; comparé aux prosimiens nocturnes, les signaux visuels et vocaux jouent
aussi un rôle important dans les interactions sociales (Gould et al.
1999). Les lémurs cattas ont 28 cris distincts, dont 22 sont émis
par les adultes, et 6 sont uniques aux enfants (Macedonia 1993). Parmi les
vocalisations prédominantes, on trouve: les vocalisations affiliatives
comme des gémissements, les cris de contact utilisés lors des
périodes d'excitation basse et modérée, des miaulements
utilisés comme les cris de contact lors des périodes d'excitation
modérée et qui augmentent la cohésion du groupe, et les
hurlements qui sont des cris de contact émis lors des périodes
d'excitation maximale et lorsqu'un membre du groupe est séparé du
groupe social. Les hurlements sont émis seulement par les mâles
non nouveaux-nés et sont utilisés pour communiquer avec et
prévenir d'autres groupes dans la région et peuvent être
entendus entre 750 et 1 000 m (0 466 et 0 621 miles). Les ronronnements sont
émis pendant le toilettage et on pense qu'ils sont signe du contentement.
Les pépiements ont pour effet de susciter le mouvement du groupe d'un
endroit à un autre (Jolly 1966; Macedonia 1993). Les vocalisations
agressives comprennent les « yips », émis par des individus
subordonnés qui s'approchent de ou sont approchés par un dominant,
les cris aigus, émis par des mâles pendant les
démonstrations pour affirmer leur statut sur d'autres mâles ou pour
solliciter les femelles, et les « chutters » sont émis quand
un mâle dominant bondit sur un individu subordonné (Macedonia
1993). Les lémurs cattas ont aussi des vocalisations
anti-prédatrices spécialisées qui suscitent des
réponses du reste du groupe. Par exemple, des « gulps »
(serrements de gorge) sont entendus quand un carnivore, un rapace ou un
être humain qui se déplace rapidement est aperçu; les
« gulps » sont des vocalisations générales qui
alertent les membres du groupe d'un danger. Les cris perçants sont
émis en réponse à de grands oiseaux volants à faible
altitude, les « clicks » sont émis dans les situations de
curiosité, mais de façon prudente, et les « yaps »
sont émis lors de l'attaque par des prédateurs (Sauther 1989;
Macedonia 1993).

Photo: Herbert Gustafson
ECOUTER DES VOCALISATIONS
En plus de la communication vocale, les lémurs cattas utilisent une
grande variété de signaux visuels et des postures qui servent
à communiquer le statut de dominance. Le « threat stare »
(dévisagement de menace) est un signal visuel simple utilisé pour
intimider un autre individu ou pour commencer une dispute. Le premier individu
regarde fixement un autre individu et soit ce dernier détourne le regard
soit il s'approche du premier et se bat. Un autre signal visuel est le «
pulled-back lips », (les lèvres retirées pour montrer les
dents), qui est émis en signe soumission (Jolly 1966; 2003). Le «
jump-fighting », (les disputes en sautant), est une autre interaction
sociale impliquant deux individus en position de démonstration. Pendant
les « jump-fights » un lémur catta se tient sur les pattes
arrière avec les bras écartées et il saut ou sautille
autour de l'autre individu. Cette sorte de dispute se passe habituellement au
sol et peut s'intensifier, entraînant des blessures sérieuses
(Jolly 1966). Une autre démonstration seulement observée chez les
mâles est le « stink fight », (les disputes puantes), qui
comprend des positions ritualisées (les queues sont dressées
au-dessus de la tête et agitées d'un côté à
l'autre) ainsi qu'une forme de communication chimique (Jolly 1966).
Bien que les mâles aient des glandes à sécrétion
odoriférante aux poignets, aux poitrines et aux parties génitales,
les femelles n'ont que des glandes ano-génitales pour le marquage
(Kappeler 1990; Oda 1999). Pendant un « stink fight », les
mâles enduisent l'extrémité de leur queue en la frottant sur
les glandes à sécrétion odoriférante des poignets et
de la poitrine. Ensuite, ils arquent leur queue au-dessus du corps et l'agitent
face à leur opposant. Le mâle qui reçoit ce message
répond par une démonstration, une agression physique ou il
s'enfuit. Les « stink fights » peuvent durer de dix minutes
à une heure (Jolly 1966). La communication olfactive est aussi
utilisée comme forme de communication intragroupe et intergroupe puisque
les lémurs cattas peuvent distinguer les odeurs de différents
individus. Par exemple, les mâles et les femelles marquent
horizontalement et verticalement avec leurs glandes ano-génitales les
substrats situés à la limite de leur habitat (Mertl-Millhollen
1988). Pour marquer un substrat verticalement comme un tronc d'arbre, les
animaux se tiennent sur les mains, empoignent le substrat le plus haut possible
avec les pieds, et frottent la glande ano-génitale sur l'objet (Jolly
1966). Les mâles laissent aussi des marquages visuels et
odoriférants avec les glandes situées à l'intérieur
de l'avant-bras, ce qu'on appelle le « spur marking » (le marquage
par l'éperon). Les animaux tiennent l'objet ou le substrat, comme un
jeune arbre, et raclent l'ongle épineux situé au-dessous de la
glande sur l'objet, ce qui a pour effet de couper le bois et étaler les
sécrétions (Jolly 1966; Mertl-Millhollen 1988). Les marques
odoriférantes sont laissées dans les régions de
chevauchement entre les habitats de plusieurs groupes. Dans ces régions
de chevauchement, les rencontres entre groupes sont les plus probables, et comme
le marquage odoriférant a souvent lieu pendant les rencontres
intergroupes, ce comportement peut servir à renforcer les
frontières établies pendant les affrontements (Mertl-Millhollen
1988). Les mâles « spur mark » plus fréquemment
pendant les saisons d'accouplement et de migration peut-être pour informer
d'autres mâles de leur présence et pour les dissuader de migrer
dans le groupe. La compétition directe entre mâles est
élevée pendant la saison d'accouplement et les disputes peuvent
causer des blessures sérieuses; le marquage odoriférant pendant
cette saison et lorsque de nouveaux mâles sont susceptibles d'entrer dans
le groupe social sert à annoncer la présence d'un mâle aux
autres mâles à proximité pour réduire les
possibilités de confrontation directe ou des disputes dangereuses (Gould
et Overdorff 2002).
Dernière modification de cette page: 21 septembre 2005
Ecrit par Kristina Cawthon Lang. Révu par Michelle Sauther.
Traduit par Kristen Barron et Jean-Baptiste Leca.
Citer cette page:
Cawthon Lang KA. 2005 21 septembre. Les Feuilles Instructives du Primate: Lémur catta (Lemur catta) Comportement . <http://pin.primate.wisc.edu/factsheets/french/ring-tailed_lemur/behav>. Accédé 2013 21 mai.