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Bonobo
Pan paniscus

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ORGANISATION SOCIALE ET COMPORTEMENT

Les bonobos vivent en groupes sociaux de type fission-fusion, où une grande communauté d'individus se sépare dans des groupes plus petits, appelés parties, de taille et de composition variable. Ces groupes de base (unit groups) peuvent comporter de un seul individu jusqu'à une vingtaine voire plus (Badrian et al. 1984; White 1988, 1996). Ces groupes sont patrilinéaires et le groupe de base est multi mâle/multi femelle, le rapport mâle/femelle pouvant être variable. Entre l'âge de 7 et 9 ans, les femelles migrent du groupe où elles sont nées vers un autre groupe, où elles passent beaucoup de temps à essayer d'instaurer des interactions sociales avec les vieilles femelles dominantes (Furuichi 1989). Il est important pour des jeunes femelles migrantes, de développer des relations sociales avec d'autres femelles dans leur nouveau groupe, car c'est le lien le plus puissant dans la société bonobo. Contrairement aux chimpanzés, les femelles bonbons ont tendance à être plus proches avec les autres femelles qu'avec les mâles, même si il a été montré qu'avec l'augmentation de la taille du groupe, la cohésion entre les mâles et les femelles augmentait également (White 1988; 1996). Les femelles obtiennent leur rang avec l'âge, et en procréant, d'autant plus si elles donnent naissance à des mâles. Leurs fils, arrivés à maturité, ont habituellement un rang en relation avec celui de leur mère, et ainsi la femelle adulte peut occuper une position plus centrale dans le groupe (White 1996).


Photo: Joris Jacobs

Parce qu'il est peu probable que les femelles bonbons d'une communauté soient apparentées, il est peu commun qu'elles se montrent une affinité marquée entre elles, aussi bien dans les groupes de base qu'à l'intérieur de la communauté. Paradoxalement, les mâles des communautés bonbons sont apparentés mais ne se montrent que très peu d'affinité (White 1996). La durée et l'intensité des rapports qui se développent entre mâles et femelles, ne sont pas uniquement basées sur l'attraction sexuelle. Les mâles et femelles adultes s'associent pour des raisons autres que l'accouplement, telles que la parenté et l'acquisition du rang social (White 1996; Hohmann et al. 1999). Bien que les femelles migrent de leur groupe d'origine, les analyses moléculaires de parenté génétique, entreles individus de la communauté du site Lomako, ont montré que les paires mère-fils et les paires demi-frères ou demi-sœurs adultes, s'associaient plus fréquemment que les dyades de sexe différent non apparentés (Hohmann et al. 1999). Les mâles s'associent également avec les femelles pour acquérir leur rang social, vu qu'elles dominent l'environnement social. Les femelles qui ont nouées de fortes alliances, empêchent les mâles de s'approcher de la nourriture, et les attaquent souvent en leur mordant les doigts et les orteils (de Waal 1997). Si un mâle souhaite acquérir le statut alpha dans un groupe, il faut qu'il soit accepté par la femelle alpha.

Une des caractéristiques les plus significatives et propres aux sociétés bonbons, est le comportement sexuel. Il sert d'autres intérêts que la reproduction, tels que l'apaisement, l'affection, le statut social, les jeux érotiques, la réconciliation, l'excitation et la réduction du stress (de Waal 1997). La relation sexuelle s'observe entre pratiquement toutes les combinaisons de partenaires possibles, et selon une grande variété de positions. Les comportements sexuels, et spécialement le frottement génito-génital (frottement G-G), facilite et renforce le lien entre les femelles (de Waal 1997). Le frottement G-G est observé dans les situations de partage de la nourriture entre femelles. La copulation à caractère non reproductif est également souvent observée entre mâles et femelles. Alors que les mâles partagent rarement la nourriture, si des femelles subordonnées demandent de la nourriture à des mâles dominants, la probabilité qu'ils la partagent est considérablement augmentée s'ils copulent au préalable (Blount 1990). Il est important de se rappeler cependant, que la copulation a comme fonction primaire de réduire le stress sur les sites d'alimentation, et n'est pas une monnaie d'échange pour acquérir de la nourriture (Blount 1990).

REPRODUCTION


Photo: Max Planck Institut

Les premiers cycles ovulatoires surviennent chez les femelles bonobos, entre six et onze ans (Vervaecke et al. 1999). Elles présentent des gonflements sexuels marqués tout au long de leur vie adulte, et ce gonflement de la peau sexuelle reste un indicateur externe des processus endocrinologiques. Seuls les juvéniles et les mères des très jeunes enfants montrent des peaux sexuelles réellement plates. Le gonflement peut être catégorisé en quatre phases durant le cycle menstruel: le pré-gonflement, le gonflement proprement dit, le post-gonflement, et les menstrues. Cependant, l'ovulation n'est pas totalement corrélée avec l'ampleur du gonflement (Thompson-Handler et al. 1984; Reichert et al. 2002). La période du gonflement associée à l'ambiguïté concernant le pic de réceptivité pourraient avoir son importance dans l'évolution de comportements sexuels aussi débridés. Chez les mâles, il est difficile de déterminer le commencement de la puberté et le début de la fertilité demeure quasiment inconnu (Watts et Pusey 1993). On estime que les mâles atteindraient leur maturité sexuelle aux alentours de 9 ans, lorsque la taille corporelle et les testicules grossissent significativement (Kuroda 1989).

Afin d'éviter la consanguinité, les femelles bonbons adolescentes migrent de leur groupe d'origine vers l'âge de 7 ans, et rejoignent un autre groupe où elles mettront au monde leur première progéniture à l'âge de 13 ou 14 ans (Rowe 1996; de Waal 1997). Après leur premier enfant, l'intervalle des naissances varie entre quatre et six ans (Kano 1992; Rowe 1996; de Waal 1997). Les bonobos recommencent leur cycle des gonflement sexuels moins d'un an après la parturition, et bien qu'elles deviennent rarement enceintes, on a tout de même observé des femelles s'occupant de deux enfants d'âges différents (Kano 1996; de Waal 1997; Furuichi et al. 1998).

Les données suggèrent qu'il y ait un pic des naissances durant la saison modérément pluvieuse, entre mars et mai chaque année (Furuichi et al. 1998). Ce moment est important car il vient directement après la saison sèche, période qui peut influer sur la survie des enfants. En fait, le taux de mortalité des bonobos immatures à Wamba est inférieur à celui de chimpanzés, dans des milieux plus clairsemés. Avec seulement 18,2% des bonobos mourrant avant l'âge de cinq ans et 27,3% avant six ans, il est possible qu'il existe un lien entre l'abondance relative des fruits et composés herbacés, et le taux de survie des enfants (Furuichi et al. 1998).

SOINS PARENTAUX


Photo: Joris Jacobs

A cause du comportement sexuel exubérant des femelles bonbons, il existe beaucoup d'incertitude concernant la paternité. Si un mâle n'est pas sûr des jeunes dont il est le père, il est peu probable qu'il investira du temps et de l'énergie en prenant soin d'eux. A cause de cette incertitude, le soin parental est totalement pris en charge par les mères (de Waal 1997). Mais cela ne signifie pas que les mâles ne prêtent pas attention aux enfants dans les groupe de base; en fait, il n'y a que très peu d'agression dirigée vers les enfants par les mâles adultes dans le groupe, et l'infanticide n'a jamais été observé (Kuroda 1989; de Waal 1997).

Comme tous les primates, les bonobos arrivent à maturité après une période prolongée, nécessaire à l'élaboration de la plasticité comportementale, au renforcement de la relation mère-enfant et au développement social (Kuroda 1989). Les Bonobos, contrairement aux chimpanzés, suivent un taux de développement lent, et on a observé que les mères bonobos sont plus attentives envers leurs enfants que les mères chimpanzés. Pendant leurs premières années, les jeunes bonobos maintiennent une proximité marquée avec leur mère, qu'ils agrippent ventralement. Les enfants ne séparent jamais de leur mère pendant les trois premiers mois de leur vie, et même à l'âge de six mois, ils sont rarement vus à plus d'un mètre de leur mère (Kuroda 1989). A l'âge de dix mois, l'enfant se hasarde à trois ou quatre mètres (9,84 à 13,1 pieds) de sa mère, mais s'il essaye d'aller plus loin, la mère le reprend avec elle. Après un an, la quadrupédie des enfants est toujours incertaine, mais ils ont la capacité de se déplacer sur plusieurs mètres. Le jeu se développe aux alentours de deux ans, mais les enfants ne sont toujours pas autant mobiles que les adultes. Les jeunes bonobos ne se déplaceront aussi aisément que les adultes, qu'à partir de trois ans et à cet âge, ils s'éloignent jusqu'à plus de dix mètres (32,9 pieds) de leur mère; ils demeurent cependant suffisamment proches pour pouvoir rejoindre immédiatement leur mère s'ils ont peur ou se sentent menacés. C'est également à cet âge de trois ans que les enfants commencent à monter leur mère dorsalement (Kuroda 1989). Les bonobos ne sont pas sevrés avant l'âge de quatre ou cinq ans. Ils vivent exclusivement du lait maternel pendant la première année de leur vie et bien qu'ils mettent de la nourriture dans leur bouche, ils ne l'ingèrent réellement qu'après la première année (Kuroda 1989).

Avec l'âge, le degré du lien entre les mères et leurs enfants dépend du sexe. Les femelles sub-adultes commencent à s'éloigner de leur mère à l'âge d'environ six ou sept ans, bien qu'elles demeurent habituellement dans le même groupe de fourragement. Finalement, elles migreront de leur groupe d'origine et le lien entre mère et fille sera coupé (Kuroda 1989). D'un autre côté, les mâles restent relativement proches de leur mère arrivés à l'âge adulte, et le rang de la mère à l'intérieur du groupe, déterminera celui de son fils quand il atteindra l'âge adulte (Kuroda 1989; White 1996).

COMMUNICATION

Les signaux visuels sont importants chez les primates, spécialement dans les catarrhiniens qui ne possèdent pas de système voméro-nasal. Les bonobos ont des visages extrêmement expressifs, avec une pléthore de signaux faciaux. Parmi les expressions les plus répandues, notons:«silent teeth baring» (montrer les dents en silence), «tense mouth» (avoir la bouche plissée), «silent pout» (faire la moue sans bruit), «duck face» (faire le visage de canard), et «play face» (la mimique de jeu), mais elles ne représentent qu'une partie des expressions observées parmi les bonobos (de Waal 1998). De même que la communication visuelle, la communication vocale est également importante dans la société bonobo. Les bonobos ont des vocalisations plus aigues que les chimpanzés et se reconnaissent facilement uniquement sur le son de leur voix. Cependant, les deux espèces présentent des similarités dans leur répertoire vocal (de Waal 1998). Certaines vocalisations chez les bonobos comprennent: «low hooting» (le hullulement grave), «high hooting» (le hullulement aigu), «contest hooting» (le hullulement de compétition), «wieew-bark» (l'aboiement wieew), et «greeting grunts» (les grognements de salutation) (de Waal 1998). Une vocalisation intéressante caractéristique du jeu est le «panting laugh» (le rire haletant). Cette respiration saccadée qui ressemble à un rire, et qui est toujours accompagnée par la mimique de jeu, est habituellement entendue pendant les phases de jeu et de chatouillement (de Waal 1998).


Photo: Max Planck Institut

ECOUTER DES VOCALISATIONS

Beaucoup de recherches ont été entreprises avec des bonobos, pour essayer de comprendre l'évolution du langage. Les scientifiques ont ainsi réussi à enseigner aux bonobos l'utilisation des symboles comme moyen de communiquer avec les humains. Ce type de travail a débuté avec des chimpanzés au Yerkes National Primate Research Center en Géorgie, mais il est devenu célèbre avec un bonobo nommé Kanzi. Avec l'aide de la chercheuse en linguistique Sue Savage-Rumbaugh, Kanzi peut comprendre le langage parlé et peut répondre en utilisant des lexigrammes appropriés. Les chercheurs n'ont pas été capables d'enseigner le langage parlé aux anthropoïdes, en raison de barrières physiologiques; principalement, il s'agit de l'incapacité d'accomplir la fermeture vélo-pharyngienne pour produire des consonnes (Savage-Rumbaugh et Levin 1994).

NOTES SPECIALES

Les bonobos ne sont généralement pas connus pour l'utilisation d'outils, mais ils ont été observés en train d'avaler des feuilles, pour se soigner d'infections par des parasites intestinaux. Les études pendant la saison pluvieuse, à Iyema et Lomako, montrent une augmentation des infections par Oesophagostomum, dû au cycle de vie de ce parasite nématode. Cet pic est corrélé avec l'ingestion de feuilles, pas trop observée durant le reste de l'année (Dupain et al. 2002). Ce comportement est considéré comme de l'auto-médication parce que d'habitude, les bonobos mastiquent les feuilles qu'ils consomment comme nourriture, au lieu de les avaler entièrement. Le fait d'avaler des feuilles avec leur surface rugueuse, facilite l'expulsion des fragments des ténias (Dupain et al. 2002).

D'autres comportements intéressants observés chez les bonobos, concernent les différences culturelles de jeu et de toilettage chez les animaux captifs. Les variations locales du comportement dans les divers lieux de captivité, peuvent être considérées comme des différences culturelles; elles ne sont pas observées dans toutes les populations captives, et les nouveaux individus introduits apprennent et pratiquent ces comportements. Par exemple au zoo de San Diego, pendant les phases d'épouillage entre deux animaux, le bonobo qui toilette stoppe à intervalle régulier et bats des mains ou des pieds, ou une main avec un pied, ce qui produit un son bruyant de claquement. Ce comportement est seulement produit au zoo de San Diego, et les nouveaux individus introduits dans le groupe l'apprennent (de Waal 2001). D'autres comportements observés uniquement parmi les bonobos du zoo de San Diego, sont les comportements de jeu tels que «blind man's bluff» (Colin Maillard) et «funny faces»(Figures comiques), deux jeux pratiqués par les jeunes bonobos du groupe. Pendant le «blind man's bluff», un juvénile met un bras sur son visage ou couvre ses yeux de quelque manière que ce soit, et se met à marcher parmi les structures dans l'enceinte, souvent perdant son équilibre ou se cognant contre des obstacles. «Blind man's bluff» est un jeu solitaire au départ, mais lorsqu'un juvénile commence à jouer, d'autres jeunes bonobos commencent également à le pratiquer (de Waal 2001). Enfin, un autre comportement culturel aperçu parmi les bonobos captifs est un jeu qui s'appelle «funny faces», pendant lequel un jeune bonobo solitaire fait des grimaces sans aucune raison apparente, adressées à aucun des membres du groupe (de Waal 2001). Ces comportements ne sont vus nulle part ailleurs qu'au zoo de San Diego.

Dernière modification de cette page: 1 décembre 2010

Ecrit par Kristina Cawthon Lang. Révu par Frans de Waal.
Traduit par Kristen Barron et Stephane Barbe.

Citer cette page:
Cawthon Lang KA. 2010 1 décembre. Les Feuilles Instructives du Primate: Bonobo (Pan paniscus) Comportement . <http://pin.primate.wisc.edu/factsheets/french/bonobo/behav>. Accédé 2014 23 octobre.